L'intelligence de l'Homme vs le bien-être du Cheval

 

Une transition est un moment d'une rare délicatesse. Il en va des époques, des civilisations comme des pieds des chevaux.
Si le quotidien auprès de nos amis équidés nous permet d'apprécier la justesse de ces mots (je parle pour ceux qui se sont lancés dans la transition vers le "pieds nus"), c'est sur l'époque que nous choisissons cette fois-ci de nous pencher...
Nous vivons en ce nouveau siècle une véritable transition entre une approche consommatrice d'équitation et une vison plus humaniste de la relation avec l'animal, plus à l'écoute des besoins du Cheval.
S'il est vrai qu'à nos yeux le seul individu qui devrait se placer au centre des débats est le Cheval et par voie de conséquence, son bien-être, il existe une donnée incontournable qui pèse considérablement dans la balance...L' Homme et la vison très subjective qu'il a de ce bien-être.C'est lui qui, en conscience, tend manifestement de plus en plus à vouloir envisager autrement son engagement vis à vis du Cheval.

Depuis des siècles et particulièrement les dernières décennies, Vétérinaires et Maréchaux-ferrant dont le passif historique est commun, ont avancé main dans la main au gré de leurs découvertes et de leurs connaissances certes mais aussi et surtout se mettant au diapason des exigences du client. Comment le leur reprocher?

Depuis quelques années des femmes et des hommes se sont investis dans une approche plus holistique des soins du pied du cheval, en se réferrant à différents modèles et partant du principe que c'est à l'homme de s'adapter aux possibilités du Cheval, de favoriser son environnement pour le rendre conforme à ses besoins vitaux et sociaux. Comment le leur reprocher?

Ce qui par contre est franchement discutable pour ne pas dire plus, c'est la façon dont d'une part, la Maréchalerie (en la personne de leur association professionnelle : UFM) gère cette si délicate transition et d'autre part comme, au sein d'une même cause, les différents courants de pensée du "pieds nus" se perdent en querelles intestines, et pour certains, essaient habilement de tirer la couverture vers eux.

Du côté de l'enclume...

Faut-il que les Maréchaux soient si peu sûr de leur art et de leur avenir pour s'abaisser à essayer de salir les gens qui envisagent autrement les soins des pieds. Que d'énergie perdue à assigner en justice (pour pratique illégale de la Maréchalerie) des gens qui depuis des années passent leur temps à se remettre en question, à se former et dont les connaissances en bio-mécanique du pied du Cheval pourraient faire pâlir bon nombre des plus érudits d'entre eux ?
Quelle est la définition de la Maréchalerie? Le Maréchal-ferrant est un artisan qui prépare le pied en vue de la pose d'un fer.
Pour quelle raison toute une partie de la profession maréchale s'évertue-t-elle à essayer de détruire des gens qui par leurs connaissances et des choix différents répondent simplement à une demande toujours croissante de propriétaires. Ces derniers, rappelons-le, sont les seuls à décider ce qu'ils croient bon pour leur Cheval!
La profession de la Maréchalerie, admettons-le, devra envisager d' actualiser ses connaissances et diversifier ses pratiques si elle souhaite garder une certaine catégorie de clientèle.

Du côté de la râpe...

Comme c'est dommage de voir qu'au sein d'un même courant de pensée, les divergences d'opinions soient autant de motifs à dénigrer ses pairs. Le parage au naturel est encore très neuf, et force est de constater que les vérités pleuvent de tous horizons. De quelque sensibilité que l'on soit, on détient forcément la vérité vraie, plus vraie que celle du voisin. Alors que le petit monde du pied nu est en train de se structurer, on assiste à des volées de bois vert au sein même de ses rangs.
Par exemple, le fait d'avoir depuis des décennies ses chevaux pieds nus en liberté, en montagne, ne signifie en rien qu'on soit une référence et que tous les autres soient des incultes. Cela signifie juste que l'environnement est primordial dans la vie du cheval domestique pieds nus. A bon entendeur...
Il devient urgent que les pouvoirs publics statuent sur ce métier encore nébuleux afin de définir un cadre précis ainsi qu'un état structuré de ce qu'est un profesionnel du pied nu. En ce qui me concerne, ma formation professionnelle de Podologue équin m'amène de plus en plus vers la réflexion suivante :
La plupart des gens vient au pied nu par quête du "tout naturel". La raison est louable mais un professionnel du pied nu doit y venir par raisonnement. C'est finalement une parfaite connaissance des fonctions bio-mécaniques et neurologiques du pied qui doivent l'amener au constat incontournable que le pied ne peut être en équilibre fonctionnel que s'il est sans fer.

En conclusion

Il y a suffisamment de place et de chevaux dans cette société pour que Maréchaux-ferrants et "pareurs" (même si le terme ne me plaît guère) puissent cohabiter en toute quiétude.
Cela dit il existe d'abominables poseurs de fers dont l'incompétence n'a d'égale que celle de certains charlatans qui s'improvisent pareurs au naturel..
Il apparaît donc nécessaire voire primordial à quiconque souhaite s'orienter vers du naturel pour son cheval, de faire des recherches, de se documenter, de réfléchir sur sa capacité à prodiguer au quotidien soins et suivi. Le "tout naturel" n'est pas une fin en soi si l'on n'est pas en mesure de s'en donner les moyens... Et puisque je suis maître en ma demeure, j'invite ces même gens à faire preuve du plus grand discernement concernant certains médias dont les publications de plus en plus polémiques utilisent l'alibi du bien-être du Cheval pour semer la zizanie au sein du monde du "pieds nus" ainsi que la confusion dans les esprits des propriétaires, tout ceci à des fins, ne nous y trompons surtout pas, beaucoup plus mercantiles qu'il n'y paraît...