Domestication et soin du pied

La domestication peut se définir comme une série de transformations morphologiques ou comportementales d’un animal, transmises de façon héréditaire suite à une interaction prolongée avec l’être humain.
Depuis des siècles, l’homme a domestiqué le cheval afin de le mettre à son service, soit en le transformant en un outil (moyen de transport, outil de travail de la terre, débardage etc..) soit en faisant de lui une arme de guerre (cavalerie militaire).
De nos jours, le progrès technique a sonné le glas du cheval de labour, de transport comme de guerre et l’équitation dite de loisirs a fait son apparition avec ses différentes déclinaisons sportives.
Le statut du cheval en tant qu’animal domestique s’est diversifié. Il n’est plus seulement un outil au service de l’homme (quoique beaucoup trop encore à mon goût) mais aussi un animal de compagnie.

On peut lister trois domaines de la vie du Cheval qui sont en relation les uns avec les autres et qui sont directement affectés par la domestication :

Le domaine digestif

Le cheval est par nature fait pour consacrer environ 18 heures par jour à la mastication. La domestication a conduit à la distribution rationnée sous forme de repas à heures fixes. Elle constitue à elle seule une atteinte au bon fonctionnement digestif. (Production d’acides gastriques, brûlures d’estomac...)

Le domaine Psychologique

Le cheval est un animal d’espaces, grégaire et social. Le stocker en box le prive de ces trois éléments. Ce mode d’hébergement est générateur de stress et a notamment vu l’émergence de stéréotypies telles que tic de l’ours, tic à l’air, irritabilité, coups d’antérieurs dans les portes etc qui sont les manifestations de troubles psychologiques. J’ai eu beau retourner le problème dans tous les sens, j’ai la conviction que le box est une prison dans laquelle le Cheval purge sa peine pour n’avoir commis comme seul crime que celui d’être le «meilleur ami» de l’Homme ! Quelle ironie...

Le domaine locomoteur

Le cheval est un animal qui a besoin de marcher pendant plusieurs kilomètres par jour (environ 15 à 25 km) pour chercher sa nourriture. L’apparition du Box a considérablement réduit l’espace vital condamnant ainsi le cheval à ne parcourir que 6 à 8 km par jour en comptant sa sortie quotidienne de travail (Chiffre très sérieux obtenus en comptant le nombre de pas d’un cheval au box sur 24 heures!). Divers désordres tels que l’engorgement des membres sont constatés.

Une problématique indissociable du domaine locomoteur est celle des soins des pieds du Cheval domestique.
De nos jours, on peut encore observer l’esprit dans lequel bien des cavaliers envisagent leur relation avec l’équidé. Beaucoup d’entre eux veulent un cheval immédiatement prêt à leur servir. Ce cheval « outil » et son cavalier se tournent inéluctablement vers les maréchaux ferrant puisque leur rôle est de rendre, grâce au fer, le pied insensible en toutes circonstances en dépit d’un environnement défavorable à son développement normal (écuries, box, stalles, absence de mouvement). On ne peut les en blâmer, il apportent un certain savoir faire à une demande avérée de consommation d’équitation.

De l’approche traditionnelle du soin des pieds...

Partant du postulat que le pied du Cheval est bien vivant et qu’il s’adapte en permanence à des stimuli environnementaux on peut envisager que l’approche traditionnelle des soins du pied ( la ferrure notamment) va à l’encontre de cet état de faits au moins sur un aspect majeur :
Une grande partie des désordres ou des pathologies dont peut souffrir un cheval est liée à la façon dont on utilise ce dernier (utilisation intensive sportive) et/ou dont on le fait vivre (modes d’hébergement) bref de la façon dont on le domestique..
L’approche traditionnelle des soins consiste à intervenir de manière systématique sur une conséquence ou un symptôme plutôt que de traiter la cause dans sa globalité et d’aider le pied dans son processus logique de fonctionnement voire de guérison.
Si l’homme supprime une partie de ces stimuli environnementaux (par la pose de fers notamment) et en crée d’autres par des procédés invasifs (clous plantés dans la paroi), il affaiblit la structure du pied et son métabolisme.
Enfin, dans l’approche traditionnelle du soin aux sabots, le cheval devient dépendant de l’homme et de son intervention, transformant ainsi l’adage bien connu : « Pas de pieds, pas de cheval » en rajoutant une donnée : « Sans l’irremplaçable intervention de l’Homme, pas de pieds donc pas de cheval »

En conclusion...

L’histoire est jalonnée d’exemples où une pensée novatrice mais marginale fut à l’origine de grandes avancées humaines, artistiques, philosophiques ou techniques. Citons notamment le passage de l’obscurantisme au siècle des Lumières (exemple qui n’est pas choisi au hasard...)
Le monde du Cheval, que ce soit dans les différentes disciplines de l’équitation, dans l’approche de l’hébergement du Cheval ou du soin de ses sabots, est encastelé dans le dogme d’une pensée unique issue de traditions que l’on ne se hasarderait surtout pas à bousculer.
La tradition reste un vecteur de transmission du savoir (parents/enfant, maître/élève). Cela dit, comme elle n’ouvre pas la voie à la critique constructive elle empêche souvent toute forme d’avancée.
Pour ma part, je formule le souhait que cette tradition du troisième millénaire, se veuille flexible et raisonnée pour qu’enfin nous puissions conseiller les générations futures avec notre conscience et notre coeur et non avec nos croyances et nos doutes...