Relation contractuelle ou empathique?

Dans notre société, lorsqu'une relation est contractuelle, on a toujours beaucoup plus de facilités à blâmer, à réprimander qu'à féliciter ou remercier.
Combien de fois ai-je vociféré, sinon verbalement du moins intérieurement après un conducteur de train qui avait 10 minutes de retard mais je n'ai pas souvenir d'avoir, ne serait-ce qu'une fois, ressenti l'envie de lui dire merci ou de le féliciter lorsqu'il fût pile à l'heure. Pourquoi? Parce que c'est NORMAL . Il ne fait que son travail, ce pour quoi il est payé.
On retrouve un mécanisme analogue mais encore plus normatif dans le système militaire. Le supérieur ordonne au subordonné, ce dernier obéit ou est puni.

Dans une relation empathique , on se donne la peine de dire merci lorsqu'on nous a fait plaisir, on trouve l'énergie nécessaire pour pardonner si l'on nous a déçu (e) et on choisit avec beaucoup de circonspection la manière dont on va dire à la personne que l'on aime qu'elle a mal agit. De même, si l'on blâme ou si l'on punit (notamment dans une relation parent/enfant) cela s'accompagne d'une forme de pédagogie où on explique les raisons de ladite punition. Pourquoi? Parce que le propre de l'empathie c'est justement d'être capable de comprendre le ressenti de l'autre, de l'intégrer mais d'avoir suffisamment de recul pour ne pas laisser ses émotions personnelles altérer son jugement et par voie de conséquence empêcher de conseiller, d'aider objectivement. Ce n'est absolument pas incompatible avec les sentiments d'amour ou d'amitié. C'est juste du travail sur Soi.

Depuis des années que nous rencontrons des cavaliers (notamment propriétaires) nous nous sommes aperçus que bon nombre d'entre eux, qu'ils soient de sensibilité traditionnelle où adeptes de l'équitation éthologique sont dans une relation « contractuelle » avec le cheval.
Une fois que le cheval sait faire, il doit le faire parce que c'est NORMAL. Il ne fait que son travail, ce pourquoi il est payé (comprendre:ce pourquoi on paie sa pension, sa nourriture).
Par exemple, félicite-t-on un cheval qui sait donner ses pieds correctement? Non, c'est normal et puisqu'il sait le faire, il doit donner ses pieds. S'il ne le fait pas ou s'il le fait mal, il est systématiquement puni, sinon physiquement du moins verbalement. Or, selon nous, tout cheval devrait être remercié au moins quatre fois à l'issue des soins des sabots , par la voix (si elle est source de réconfort pour lui) ou par une caresse(si c'est un véritable geste sensuel destiné à faire passer une émotion positive et non une claque sur l'encolure comme on en voit tant) , car au regard de sa nature d'animal de proie, il s'est mis à quatre occasions debout sur trois membres se rendant ainsi complètement vulnérable et à la merci de n'importe quel prédateur. Dans cette logique empathique, on saisit quatre occasions de lui faire comprendre que l'on prend la mesure de l'effort qu'il consent à nous octroyer, donc quatre moyens d'entretenir une certaine forme de communication. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres...
Mais alors on risque en une heure de temps de remercier vingt, trente ou cinquante fois son cheval? Et bien oui, ce sont autant d'occasions de communiquer avec lui!
S'installe alors une relation subtile et sensuelle où le cheval est « actionnaire majoritaire » d'un cercle vertueux qui ne demande qu'à se pérenniser.

En conclusion...

Une question simple à se poser pourrait être la suivante :
« Est-ce que je passe mon temps à demander ou à ordonner à mon cheval? ». En fonction de la réponse, on sait dans quelle relation se situer.
La relation contractuelle, bien que n'étant pas la voie que nous nous efforçons de suivre, existe bel et bien dans le monde de l'équitation puisqu'elle est enseignée au quotidien dans la plupart des centres équestres. Malheureusement, chaque jour, nous observons à quel point, l'aspect normatif de cette relation rassure et offre une l'immunité au cavalier ou à l'enseignant, qui devient seul à fixer les termes du contrat et par là même, revendique toute légitimité pour punir, blâmer, frapper, parce lui seul décide quand le cheval rompt le contrat.