Travail sur soi

A propos de certaines idées reçues qui nous empêchent si souvent d'avancer...

Le cheval n'est pas fourbe, encore moins vicieux ni même fainéant.
Pour qu'il puisse être question de confiance, de communication avec son cheval, le
cavalier doit absolument bannir de son raisonnement l'idée que le cheval puisse avoir des comportements raisonnés, donc assimilables à ceux des humains.
Or, il est "cheval" et ses comportements lui sont dictés par sa nature. Ainsi, selon toute logique, ses attitudes sont toujours motivées par une raison valable (faim, peur, besoin de se reproduire etc..)
S'il fuit, s'il résiste ou s'il tire, il a toujours un motif valable, et c'est malheureuse- ment rarement celui auquel on pense en premier lieu!

Si tout le monde est prêt à être d'accord avec ce qui vient d'être écrit, tout le monde n'en est pas moins enclin à se poser LA question :

Pourquoi est-ce que je monte à cheval?

 

L'équitation ne saurait être considérée comme un moyen d'être plus beau, plus haut, plus  fort... Le cheval devrait être tout sauf un faire-valoir destiné à servir un égo, si démesuré soit-il.
Lorsque l'on est à pied ou sur le dos de son cheval, plus rien ne devrait exister à part cette quête d'une relation toujours plus subtile, toujours plus empathique.

On devrait être enfermé avec son compagnon dans une bulle de communication  complètement imperméable. S'il pouvait être question de briller, c'est uniquement aux yeux de son  cheval. Plus on est lumineux à ses yeux, plus il nous suit, nous donne, plus il nous fait confiance et nous respecte. On n'est pas jugé par autrui mais uniquement par son cheval. Ne voyez pas d'anthropomorphisme dans cette phrase mais plutôt l'idée que votre cheval, de par son attitude, vous renseigne sur la qualité de la relation, et de la communication que vous avez établies.

Par voie de conséquence, comment demander à son cheval d'être  calme si nous n'affichons pas clairement une attitude posée, positive et rassurante.

Nous devons être disposés intellectuellement et émotionnellement lorsque  nous venons voir notre compagnon. Il nous faut  mettre le plus possible en  sommeil notre tempérament  de prédateur, notre volonté de soumette et notre soif du résultat « tout de suite et à tout prix ». La performance ou le résultat n'ont de sens et de beauté que s'ils sont le fruit de la complicité entre l'homme et son cheval.

L'essentiel du travail se fait donc sur soi. Il nous faut développer  notre capacité à compartimenter nos émotions.  Nos soucis personnels doivent rester à l'entrée du Paddock pour qu'il ne reste plus dans notre tête que la compassion que nous avons à l'égard de notre cheval. Un maître  capable d'empathie sera plus enclin à pardonner les erreurs de son élève et  sera plus critique envers lui-même notamment sur sa capacité à se faire comprendre.
Les chevaux sont très réceptifs aux tensions, aux doutes et aux émotions des êtres humains. Ils sont  d'extraordinaires miroirs de nos faiblesses. Bien souvent et malgré  eux, ils appuient là où ça  fait mal en exécutant mal voire  pas du tout  des exercices que nous nous obstinons à leur demander de la mauvaise manière.
La tentation est grande alors de leur faire endosser l'entière responsabilité de cet échec.

Voici trois petits préceptes qui méritent que l'on s'y attarde chaque fois que l'on est en proie au doute quant à notre relation avec notre Cheval...

Aime toi toi-même si tu veux pouvoir être en mesure de donner de l’amour à ton Cheval.

Le  cœur  est un gigantesque réceptacle et distributeur d’énergie. Or, on ne peut distribuer quelque chose que l’on ne possède pas. Une réelle introspection est nécessaire pour acquérir de l’estime de soi. Mais celle-ci ne doit surtout pas s’obtenir au détriment du Cheval par une relation de domination. A l’inverse, c’est parce que l’on a de l’estime de soi que l’on est en mesure de donner un amour désintéressé à son Cheval et l’aimer pour ce qu’il est et non pour ce que l’on voudrait qu’il soit. C‘est grâce à cette estime de soi que l’on trouve la ressource nécessaire pour pardonner l’erreur de son Cheval...Sa propre erreur finalement...Les jours où l’on ne s’aime pas, on n’a rien à donner à son Cheval à part stress et anxiété.

Connais-toi toi-même tout en cherchant à connaître ton Cheval.

Qu’il est difficile de se dire : « Non, aujourd’hui, je n’y arriverai pas ». Et c’est tout aussi difficile de savoir pour quelles raisons... Il peut être utile de prendre le temps de faire un petit bilan intérieur pour savoir si l’on est en forme physiquement, psychologiquement, émotionnellement pour pouvoir donner au Cheval et non lui extirper de force (par colère, perte de patience etc...) ce que l’on attend de lui.
Au même titre que pour soi-même, apprendre à connaître son Cheval est primordial. On devient alors à même de déceler le moment où il n’est pas dans de bonnes dispositions pour apprendre, pour restituer ou pour accepter nos exigences. Les raisons peuvent en être multiples (Raideurs, douleurs articulaires, douleurs ovariennes, chaleurs difficiles, stress environnemental, etc...). Nous ne sommes pas les seuls à avoir nos humeurs, nos faiblesses passagères.

Ignore le regard des autres

Ah, le fameux jugement d’autrui qui nous pèse, nous pénètre, nous fragilise, et finalement nous rend idiots, arrogants et si incompétents... Comment accepter sa différence et la cultiver, revendiquer le caractère unique de la relation que l’on entretient avec son Cheval en dépit de ce que pense ou dit l’entourage?
Seul le regard du Cheval est important...C’est à lui qu’il faut plaire ; c’est lui qu’il faut convaincre car au final, c’est lui qui nous renseigne sur la qualité de notre relation.

En Conclusion

L’apprenti Homme de Cheval, tel un funambule, évolue sur le fil d’une relation toute particulière avec cet animal si merveilleux. Tantôt aspiré par le vide de la facilité, tantôt par le confort alléchant de s’en remettre à ceux qui « savent ».
Au gré de ses «  pertes d’équilibre », il apprend toujours un peu plus, enrichit ses connaissances (sur lui-même et sur le Cheval)
En ce qui nous concerne, plus nous avançons, plus nous sommes rattrapés par cette évidence :
Pourquoi vouloir à tout prix à être plus « Cheval » que le Cheval lui-même ? Dominant, leader...
Pourquoi ne pas, au contraire, s’évertuer à mettre au service de cet animal si robuste et si fragile à la fois, ce qu’il y a de meilleur en l’être humain: L’intelligence du cœur.
Ne serait-ce pas cela, être un véritable Homme de Cheval ?