Sans mors

Pendant des années, la question d'une monte sans mors ne nous a jamais effleuré l'esprit.
Pourquoi ?
Un savoir et une tradition équestres transmis depuis des siècles ont établi le postulat qu'on NE PEUT PAS pratiquer l'équitation autrement qu'avec un mors dans la bouche du cheval. A tel point qu'une grande partie du dressage du cheval et de l'apprentissage du cavalier s'articule autour de la manipulation dudit "mors".
Dans l'inconscient de nombreux cavaliers (dont nous avons fait partie), l'équitation c'est : "Un mors sur lequel on adapte un cheval". Combien d'entre nous ont d'abord pensé à changer d'embouchure pour solutionner leurs problèmes...

 

D'un point de vue physique

A l'heure actuelle, il est clairement établi et de manière scientifique que l'utilisation du mors a des incidences directes néfastes sur le fonction-nement bio-mécanique du
cheval. Même avec une main douce et légère, la simple présence de ce corps étranger dans sa bouche cause au cheval
une gêne dans le meilleur des cas et dans le pire, une souffrance objective à laquelle il n'a d'autre choix que de s'adapter et subir en silence.

Certains hommes rivalisent d'ingéniosité, pour ne pas dire de sadisme afin d'inventer le mors qui mettra le plus vite possible le cheval aux ordres et ce, sans concessions!

Combien de martyrs encore?


Du point de vue de la communication...

Prenons un exemple simple pour imager nos propos.

Le cavalier qui tente de communiquer avec son cheval au travers du mors pourrait être comparable à un homme tentant de communiquer avec un autre homme par le biais d'un mégaphone...

Si l'on demande à un homme d'exécuter une tâche en lui collant un mégaphone près de l'oreille, il y a fort à parier qu' après la dissipation de sa soudaine surdité,de la douleur insoutenable ressentie dans ses tympans et après le retour au calme de ses pulsations cardiaques, il effectue ce qui lui a été suggéré mais il est également probable qu'il ait été mis dans un tel état de stress qu'il anticipera le prochain ordre en se bouchant les oreilles et en se crispant...

La sagesse populaire aurait pu dire au même titre que pour l'éperon que le mors peut être "un rasoir dans les mains d'un singe". Nous dirions que c'est un mégaphone dans les mains d'un homme!
Alors, que faisons nous des cavaliers qui ont un vrai tact équestre, une main douce, souple et liante?
Ils ont le grand mérite d'avoir trouvé le moyen de baisser le potentiomètre de volume du mégaphone au minimum, ce qui est déjà énorme!

Alors pourquoi dans ce cas ne pas s'en séparer. Pourquoi ne pas communiquer en utilisant ce dont nous sommes dotés : Des aides naturelles. Le regard, La voix, le geste, l'image mentale.

Le renforcement négatif peut s'avérer nécessaire dans le processus d'éducation
et de formation de son cheval. Ceci dit, il doit juste servir à amener le Cheval à comprendre, celal ne doit certainement pas rimer avec sévices, violence ou brutalité.
Or ces trois termes pourraient être gravés en relief sur bien des mors...


Passer son cheval sans mors n'est pas chose aisée car cela demande beaucoup de
patience et de remise en question personnelle. Il faut s'orienter vers un réapprentissage des aides ainsi qu'une redéfinition de la relation Homme-Cheval en évitant au maximum les confrontations et les conflits car si avec un mors on peut contraindre le cheval par la douleur, il n'en est plus de même dès que l'on n'a plus ce moyen de coercition!

Comble de l'ironie, c'est NOUS qui nous retrouvons contraints...Contraints à revoir totalement notre façon de lui soumettre nos choix. Désormais, tout ce que l'on veut obtenir ne peut se faire que dans la complicité et le partenariat, pour son plus grand bonheur dans un premier temps et, de façon certaine, pour le nôtre à terme.

Par contre, monter sans mors ne signifie en rien retirer un instrument de douleur de la bouche du cheval pour le déplacer sur son chanfrein. Le cavalier doit toujours avoir comme but final une équitation de légèreté. Si on sait être léger avec un mors, on devrait chercher être léger sans!

Pour celles et ceux qui pensent qu'il en va de la sécurité du cavalier et que de retirer le mors est irresponsable voire dangereux, voici une piste de réflexion ...
Le sentiment de sécurité est proportionnel au degré de confiance que l'on a dans son cheval et qu'il a pour nous.
Quiconque s'est fait embarquer un jour par un cheval sait, et sait pour toujours que ce n'est pas un mors qui le stoppera mais simplement l'arrêt du stimulus qui l'a mis dans cet état de stress intense et la capacité du cavalier à ne pas transmettre son angoisse. Rajouter de la douleur en s'accrochant à sa bouche ne fait qu'amplifier le problème. Tout le travail peut se faire en amont, à pied d'abord puis à cheval ensuite, pour que le risque de se retrouver en situation d'urgence soit minime voire quasi inexistant.

Monter sans mors c'est cultiver la proaction. Monter avec un mors c'est se perdre dans la réaction.

Les chevaux nous tolèrent sur leur dos,en dépit de toutes les misères que nous leur faisons endurer alors qu'ils pourraient se débarasser de nous d'une une simple ruade et nous piétiner...Ils nous font un présent extraordinaire. Rendons leur à notre tour cette once de compassion dont ils sont si demandeurs et dont nous pouvons être si avares.