Pieds nus

Avant toute chose, sachez que la vocation de cet article n'est pas de vous présenter, à grand renforts de photos détaillées, une liste exhaustive des actions à effectuer pour réaliser un bon parage des pieds de votre compagnon. Tout simplement parce que cela ne se résume pas à une série de gestes destinés à approcher un modèle et d'autre part, parce que le parage n'est que la face emergée de l'iceberg... C'est un outil mis au service d' une connaissance complète des structures et fonctions en action dans le pied du Cheval domestique. Entrer dans le détail prendrait beaucoup plus qu'un article...(Sébastien a suivi avec succès la formation professionnelle préparant au Diplôme de Podologie Equine Appliquée de KC Lapierre. Il est maintenant DAEP).

Non, il sera question ici de réflexion . Ceci dit, pour aborder la problématique du cheval pieds nus il nous semble indispensable de nous arrêter sur l'éthique. Certains de nos propos pourraient vous paraître peut-être un peu durs mais ils sont le reflet de ce que nous pensons juste et bon pour le cheval.

Comme vous avez pu le lire jusqu'à présent, nous avons la conviction que NOUS sommes le véritable obstacle au bien-être du cheval domestique...NOUS ! Ces fringuants bipèdes, ces êtres supérieurement intelligents situés en haut de la pyramide des espèces.
Le cheval est prêt! Prêt à être aimé, prêt à communiquer et bien sûr prêt à vivre sa vie de cheval pieds nus. Encore faut-il le vouloir et surtout avoir la conviction que c'est bon pour lui, pour son équilibre mental et son intégrité physique. Et c'est malheureusement là que le bât blesse et que nous freinons "des quatre fers"!

Personne dans le monde de l'équitation institutionnelle ne remet en cause la science quand elle affirme que le cheval est un animal grégaire, herbivore qui a besoin d'espace. Ceci dit, cela ne choque personne de le stocker en box, de le tondre, de lui mettre des couvertures, de lui servir deux ou trois repas par jour dans une mangeoire accrochée à hauteur d'homme alors qu'il est fait pour manger la tête en bas et consacrer le plus clair de son temps à la mastication.

Quel homme pourrait supporter de passer 23 heures sur 24 enfermé dans des toilettes, à baigner dans ses déjections avec juste une petite lucarne pour seule ouverture sur le monde extérieur? Qui tolérerait comme unique sortie quotidienne une séance d'effort intensif agrémentée de coups de pieds dans les flancs et de coups de cravache, le tout avec un morceau de métal dans la bouche?...
Des hommes ont enduré cela jadis. La barre n'était pas en métal mais en bois, on appelait ça une "tape de bouche". C'était au temps des galères... L'exemple est rude mais si l'on y réfléchit, tous les ingrédients y sont : Le dominant et le dominé, la stimulation de l'effort physique par la douleur et la coercition. L'utilisation du dominé comme outil de travail, le "stockage" du dominé dans des conditions inadéquates au regard de ses besoins vitaux et sociaux. La conviction du dominant de savoir ce qui est nécessaire et ce qui ne l'est pas pour le dominé.
Un jour des hommes altruistes ont considéré qu'il était intolérable de continuer à traiter d'autres individus de leur espèce de la sorte...L'esclavage fut ainsi aboli.

Faut-il que nous aimions si peu les chevaux pour ne pas voir ce que la science met en évidence, comme le nez au milieu de la figure?..Que faire quand la conviction, élevée au rang de croyance aveugle se dresse contre la réalité objective de la science? Que de certitudes à bousculer!

La ferrure est néfaste à l'intégrité physique du cheval. C'est un fait. Toutes les études récentes le prouvent. Elle est l'invention des hommes pour avoir un cheval immédiatement prêt à l'emploi, indépendamment de ce qui est bon pour lui et de l'environnement dans lequel il évolue.. Ceci n'est pas une critique virulente envers maréchaux dont l'art a en permanence été mis à profit pour continuer d'utiliser le Cheval.


Il est facheux d'entendre ou de lire encore trop souvent que la ferrure est un mal nécessaire voire indispensable pour tout cheval au travail, que le fer protège le sabot alors qu'il l'insensibilise. KC Lapierre a coutume de dire que le fer n'est pas un mal nécessaire mais que c'est l'ignorance qui rend la ferrure nécessaire.

Il faut croire qu'envisager la condition du cheval d'une autre manière, plus empathique bouscule trop l'ordre établi. Le monde du Cheval étant excessivement conservateur, cela pousse beaucoup de cavaliers ou maréchaux à avoir des réactions épidermiques, comme s'ils se sentaient agressés. Beaucoup nous taxent d'être les victimes ou pire les instruments d'un effet de mode.

Remettre en cause ce que l'on a considéré comme la "norme" voire un dogme pendant des années demande beaucoup d'efforts, de courage et de patience. Nous avons fait cette démarche, après des années de confort intellectuel et de méconnaissance du cheval.
Passer son cheval pieds nus c'est avant tout engager une vraie introspection sur la façon dont on le fait vivre (ou plutôt survivre). Il faut prendre l'engagement personnel de s'armer de toute la patience nécessaire pour lui laisser le temps de s'habituer à sa nouvelle vie... Accepter l'idée de peut-être ne pas le monter pendant des jours, des semaines voire des mois... Cela ne peut s'envisager qu'à condition de repenser complètement la façon dont il est hébergé. Déferrer un cheval au box 23H/24 serait de toute évidence l'assurance de grosses difficultés.
Ceci dit, il faut accorder au crédit des indécis ou des sceptiques qu'il existe fort peu de structures offrant des conditions d' hébergement propices au bien-être du cheval tout en ayant des installations de type manège ou carrière.

Notre jument anglo-Arabe est pieds nus depuis plus de trois ans. Elle vit au milieu de congénères, fait du manège, de la carrière de sable et pratique la promenade en terrain varié. A chaque sortie, quel que soit l'itinéraire que nous choisissons, elle prend l'initiative et de choisir le terrain qui lui convient le mieux.
Il est stupéfiant de voir à quel point cela responsabilise les chevaux d'avoir à "faire attention à l'endroit où ils mettent les pieds"!
Et pour celles et ceux qui douteraient encore du bien fondé de la mise en équilibre du pied telle qu'elle est enseignée en Podologie équine appliquée regardez ces photographies.

La première série correspond aux deux antérieurs de notre jument le jour de son déferrage voici presque deux ans...Notez la différence notable de hauteur de talons entre les deux pieds (talons très fuyants soit dit en passant).

La deuxième, les mêmes pieds après six mois de réhabilitation.

Il s'agit pourtant bien du même cheval!

En conclusion...

Les propos et comportements de certains cavaliers ou professionnels du cheval sont parfois très difficiles pour nous à accepter. Pourtant, nous ne voulons pas cautionner une escalade à l'intolérance. Le débat du "pour" ou du "contre" est stérile. Les gens qui viennent au pied nus doivent le faire pour de bonnes raisons et certainement pas pour faire l'économie d'une ferrure!
Nous souhaitons juste inviter les hommes, les femmes et en particulier les enfants qui sont les piliers sur lesquels va se construire la future condition équine à réfléchir avec leur coeur, oser, tester, écouter leur cheval tout en approfondissant leurs connaissances et en cultivant l'art de remettre en question et surtout ne jamais accepter comme postulat ce qui leur est livré déjà pré-mâché par une élite., plus préoccupée à faire de nous des pantins cavaliers que des hommes de chevaux.